Lettre aux profs de philo

Chers profs de philo,

Je me suis décidé à vous écrire ce petit mot, mais ça fait longtemps que j’en ressentais une certaine envie, ou plutôt un certain besoin. C’est la réponse d’un élève à une question d’examen qui a été l’élément déclencheur. Je vous reparlerai de cette question et de la réponse qui m’a fait mesurer d’un coup toute l’ampleur du fossé qui nous sépare, vous de moi, quant aux conceptions de l’Être humain que nous tentons de transmettre dans nos enseignements.

Nous reparlerons amplement des idées mais je voudrais d’abord jeter un coup d’œil sur les sentiments qui les portent ou qui les accompagnent. D’abord, quand je parle du fossé qui nous sépare, vous de moi, je suis bien conscient de me singulariser et d’ignorer vos différences, ce qui risque déjà d’en offusquer plus d’un. Si je me mets au singulier, c’est que je ne veux pas impliquer mes collègues anthropologues dans le débat (pour le moment). Quant à vous, je suis bien obligé de m’adresser à un collectif, car c’est bien « la philo » – telle qu’en­seignée ici, au Québec, telle que je l’ai moi-même reçue, et telle que j’en perçois les traces chez mes étudiants – qui est la cible de mes critiques. D’ailleurs, j’aimerais bien écrire aussi une lettre aux profs d’histoire, de géographie, de psychologie, de biologie, d’anthropologie, de sociologie et d’économique, pour ne nommer que ceux-là. Alors, à tout seigneur tout honneur, vous êtes les premiers, soyez-en honorés. Pourquoi vous? D’abord parce que vous jouissez d’un statut privilégié, la philo étant un passage prolongé (avec trois cours) et obligé pour tous les cégépiens, selon la volonté de l’État. Aussi parce que vous êtes mes voisins, depuis plus de vingt-cinq ans pour plusieurs, et que cela devrait faciliter le dialogue.

Je vous exprimerai mes idées et mes critiques le plus directement possible, sans tenter de ménager vos susceptibilités. Vous risquez de vous sentir accusés de tous les péchés de l’Occident, autant en être prévenus.. Comment éviter, dans un tel contexte, que les émotions ne viennent brouiller notre froide rationalité, aussi expérimentés que nous soyons dans le métier de penseur? Que ce soit bien clair, mes critiques ne s’adressent à aucun d’entre vous en particulier et je ne cite d’ailleurs aucun extrait de vos textes ou de vos notes de cours. Personne ne devrait par conséquent rétorquer sur la base de ses idées ou opinions personnelles. Ce que je remets en cause, c’est une tradition (occidentale) qui n’a rien à voir avec les consciences ou les intentions indivi­duelles et qui va bien au-delà du champ de « la philo ».

Je m’en tiendrai à quelques grandes idées, très générales et très fonda­mentales à mon point de vue, celles sur lesquelles vous me semblez être bien assis, du moins collectivement. J’essaierai d’éviter le plus possible de m’aven­turer dans les subtilités, de peur que vous y trouviez trop facilement des refuges alors que, précisément, je cherche à vous coincer entre trois ou quatre vérités fondamentales, entre trois ou quatre contradictions indéniables sur lesquelles a été construit tout l’édifice de la culture occidentale[1] – des contradic­tions qui ne peuvent se maintenir qu’à la condition d’être évacuées par notre conscience. Bref je souhaiterais susciter avec vous un débat de philosophie sommaire, sans références savantes ni maîtres à penser, tout comme je préfère de loin pratiquer l’anthropologie naïve.

Bien sûr mon objectif n’est pas que négatif. Même si je lis tous les jours sur la porte de votre laboratoire que la philosophie est « une réflexion critique sur les questions essentielles », je ne cherche pas à pratiquer la critique comme une sorte de sport. Je cherche à susciter le passage à un autre paradigme pour définir l’être humain, pour concevoir la nature humaine – ce qui est bien un propos philosophique, il me semble –, et pour y asseoir des théories – ce qui rejoint alors le propos de toutes les sciences de l’Homme[2] et de la société.

Alors trève de préambules et de précautions et abordons de front le pro­blème. Voici d’abord le texte de la question posée dans mon examen et celui d’une réponse où j’ai crû percevoir les échos d’un cours de philo, dans la plus pure tradition de ceux que j’ai moi-même suivis il y a très longtemps:

Question: Une analyse anthropologique de notre propre culture permet-elle de confirmer l’hypothèse que cette culture (occidentale) aurait peu à peu réduit la place des rituels ou de la pensée magique ou religieuse, pour se fonder sur la technique et sur la science? Pourquoi?

Réponse: Oui, l’émergence de la pensée rationnelle qui est apparue au siècle des lumières, de toujours être en quête de vérité absolue en matière de progrès scientifique et intellectuel, n’a pas eu le choix de délaisser les rituels et les pensées magiques, qui eux mettaient l’accent sur le corps, les sensa­tions. Ce fut remplacé par la raison que l’Occident a tenté d’inculquer au reste du monde.

Vous prétendrez sans doute que c’est un échantillon bien mince et bien discutable de vos enseignements, que l’élève les a déformés et qu’il y a intro­duit des confusions ou des interprétations venues d’ailleurs – d’où? En particu­lier, vous prétendrez qu’il confond raison et rationalité, mais sur ce point je lui donne raison, comme je l’expliquerai plus loin. Je ne m’aventurerai pas sur la question de la « vérité absolue », mais vous me permettrez d’extraire de cette réponse un élément central des cours de philo, à savoir que la rationalité serait un attribut de notre culture (occidentale), d’abord élaboré par nos ancêtres les Grecs, puis réapproprié et reformulé au « Siècle des Lumières »[3] par nos ancêtres européens. Cette attribution de la rationalité à notre culture, en vertu d’un droit d’héritage du patrimoine mythique de la Grèce antique, est un des objectifs fondamentaux attribués par l’État au premier cours de philo (Philoso­phie et rationalité). En effet, l’énoncé de la compétence du cours, un énoncé qui a fait l’objet d’un large consensus chez les profs de philo, stipule qu’il faut « présenter la naissance de la pensée rationnelle en Occident ». Pas avant et pas ailleurs!

Dans sa réponse, si maladroite soit-elle, l’élève me semble bien prendre pour point de départ les enseignements reçus en philo; il dormait sans doute pendant mon cours. Pour ma part, je n’ai jamais abordé la notion de « raison » comme telle, car elle m’apparaît à peu près aussi floue que la notion d’« âme » pour définir l’Être humain. Mais j’ai longuement traité des catégories de pensée magico-religieuse et scientifique, ainsi que des attributions sous-jacentes de l’irrationalité ou de la rationalité. Je ne résumerai pas ici tout mon cours mais, pour l’essentiel, il a consisté à démontrer que des systèmes culturels exotiques, tels que le « tabou de la vache sacrée » en Inde, étaient parfaitement rationnels, alors qu’une foule de comportements occidentaux relevaient du rituel et de la « pensée magico-religieuse » – prétendument irrationnelle – même si nous préférions leur attribuer une foule d’autres étiquettes, y compris celles de « la science » ou de « la technologie ».

Pour le moment, c’est sur le back-ground philosophique de l’élève que je voudrais attirer l’attention. Pour cela, je dois le reconstituer, en explorant un peu en amont et en aval de ses énoncés. Voici ce que donne son raisonnement, tel que je le reconstruis, en le complétant à ma façon et en tentant de respecter tant bien que mal les règles philosophiques:

L’Homme (ou l’Être humain) est un animal doué de la raison

Or la raison est la faculté qui produit la pensée rationnelle (ou la rationalité)

Et seuls les Occidentaux ont fait preuve de rationalité

Donc seuls les Occidentaux sont des Êtres humains.

Voilà, tout est là! Le chemin qui conduit tout droit au racisme le plus élémentaire, sans détours sinueux, sans entourloupettes sophistiquées. Le mot est lâché, ne grimpons pas trop vite. Je ne parle pas du racisme qui a pris sa pleine maturité idéologique dans le berceau colonial. Je parle simplement, faute d’un meilleur terme, de ce racisme sommaire et universel qui pousse irrésistiblement chaque groupe culturel, chaque « tribu », à se considérer comme les seuls vrais humains. En effet, pourquoi Nous, les Occidentaux, serions-nous le seul groupe social qui aurait échappé au jeu de ces mécanismes sociaux et mentaux universels? Et pourquoi prétendons-nous être soustraits à leur action, à l’opposé de tous les autres?

Mon raisonnement vous apparaîtra immoral, insupportable, donc vous en conclurez qu’il est faux. Vous y trouvez des failles, en particulier ma confusion (et celle de mon étudiant) entre raison et rationalité. À mon point de vue, c’est au contraire la seule proposition vraie parmi les quatre. Pour le moment, je n’élaborerai pas longuement sur ce point. Si on peut parler du langage comme d’une faculté mentale qui permet aux humains de parler, je ne vois pas pourquoi il serait boiteux d’affirmer que la raison est aussi une faculté mentale, celle qui permet de penser selon les mécanismes de la rationalité. Vous prétendrez qu’il y a un monde entre les deux, que la raison est de l’ordre de la nature tandis que la rationalité serait un produit culturel. C’est faux. Ce qu’on retrouve dans l’ordre de la culture, ce sont des produits spécifiques (des symboles, des concepts, des théories, des langues, des mythes, des idéologies, des jeux, des musiques, des cuisines, etc.). Le langage est une faculté naturelle à l’Homme et les produits culturels qui en découlent, ce sont des langues particu­lières. De même, lorsqu’on parle de « la raison », ou de « la pensée ration­nelle », ou de « la rationalité », on utilise toujours une notion générale qui renvoie à une certaine aptitude mentale, et non pas aux produits culturels particuliers qui pourraient en dériver[4].

Si seule cette deuxième proposition me semble vraie, cela signifie évi­demment que je conteste les trois autres. Or je sens que vous risquez de défendre la première avec becs et griffes, et probablement aussi la troisième – mais en y mettant certaines nuances pour ne pas être accusés de racisme.

Examinons brièvement (si c’est possible) la première proposition. Pour moi, c’est une très mauvaise définition de l’Être humain, en particulier parce qu’elle est parfaitement floue. J’endosse tout à fait le genre prochain (notre animalité) mais pas la différence spécifique – excusez-moi, chers Descartes, Pascal et compagnie. La « raison » est une notion fourre-tout, dans laquelle on a, au fil des ans, fourré un tas de choses, telles que « l’intelligence », « la pensée abstraite », la « connaissance » ou même « la conscience », en plus, bien sûr, du « raisonnement » conforme aux règles de la rationalité – serions-nous tombés à l’occasion dans une certaine dose de tautologie? – mais on a, à mon sens, échoué à démontrer que tous ces éléments seraient inexistants dans le cerveau d’un chien, d’un dauphin ou d’un gorille. En effet, pourquoi prétendre que « la raison » anime seulement le cerveau humain, tout comme l’âme était censé animer seulement le corps d’un Être humain? On se trouve ici seulement sur le premier des points sur lesquels nous pourrions débattre longuement. Or ce n’est pas, pour moi, l’essentiel (dans mon propos actuel). Je préciserai simple­ment qu’à mon avis, ce qui distingue l’Homme des autres mammifères, ce serait plutôt la culture, c’est-à-dire la faculté de produire, par interprogram­mation entre les membres d’un groupe social, des systèmes de symboles qui, simultanément, alimentent les processus cognitifs et permettent un nouveau mode de communication (symbolique). Bref un nouvelle catégorie de phéno­mènes mentaux d’ordre social (ou supra-individuel), dont seul le volet communicatif est pour le moment plus ou moins observable, ce qui permet à tout le moins de confirmer la spécificité de l’Homme par rapport aux autres espèces. Quant à la notion de « raison », peu importe le contenu particulier qu’on peut y mettre, elle reste cantonnée aux aspects cognitifs – inobservables –, et au plan individuel – ignorant l’essentiel qui est l’interprogrammation cultu­relle.

Voilà une foule de beaux sujets de débats en perspective, mais j’aimerais surtout que vous m’expliquiez pourquoi, si c’est exact, vous continuez d’ensei­gner une définition de l’Être humain déclinée sur le thème de « la raison ». Mon hypothèse est justement que cette formulation traditionnelle est celle qui permet de mettre en place la confusion entre raison et rationalité, de façon à aboutir ultimement à une proposition informulée – parce qu’inconsciente et censurée par la morale –, celle d’un monopole occidental sur la nature humaine. J’ai bien d’autres raisons de croire en l’existence de cette croyance inavouée, et les raisonnements sous-jacents aux discours philosophiques que je simplifie ici sont loin d’en être les seuls vecteurs. Le seul fait qu’un étudiant affirme, en tout naïveté et comme une sorte de lapsus, que l’Occident a tenté d’inculquer « la raison » au reste du monde[5] devrait nous inciter à creuser la question.

Pourquoi avons-nous, à un moment donné, senti le besoin de passer de la notion d’« âme » à celle de « raison » pour définir l’Être humain? Et pourquoi avons-nous senti le besoin de définir du même coup un Être humain universel? Les deux questions sont indissociables. De telles idées, comme n’importe quelle autre, ne naissent pas du cerveau d’un individu, fût-il grec antique ou chrétien blanc; elles ne font que s’y loger et s’y nourrir un moment, mais elles se nourrissent bien plus encore de ceux qui les utilisent. Et plus ils sont nombreux, plus l’idée engraisse, parfois comme une plante, surtout au début, mais plus souvent comme un dépotoir. À vrai dire, on peut soupçonner toutes les grandes idées qui ont connu un succès d’un ou deux siècles, celles de la philo comme celles des sciences sociales (civilisation, culture, rationalité, démocratie, race, évolution, développement, etc.) d’être devenues de profonds dépotoirs idéologiques. Le lieu et le moment de leur naissance n’est jamais un hasard. Ce n’est pas un hasard, par exemple, si l’idée d’« évolution » – dans les sphères parallèles et interconnectées du social et du biologique – a pris forme au milieu du 19e siècle dans le monde anglo-saxon, au point central du plus vaste empire. Pas plus que ce ne fut un hasard si la notion de « raison » est venue se substituer à celle d’« âme ». Ce passage s’est fait au moment et dans le contexte où l’Occident, à la tête de ses nouveaux empires, avait besoin de se définir par opposition à tous les autres. Et de se définir à tous les points de vue. Par son corps et par sa race blanche, unique. Par son esprit rationnel, unique et premier. Par sa culture humaniste et universaliste, unique et première à s’enorgueillir de tels titres de noblesse. Ce mouvement ira d’ailleurs en s’appro­fondissant, toujours pour affirmer que l’Occident est le contraire de toutes les autres cultures – le féminisme et les droits de la personne étant les derniers produits de ce mouvement identitaire. Mais au départ, au moment où l’Occident prend forme et remplace la Chrétienté, c’est la notion de « raison » qu’il choisit pour se définir et, simultanément, pour définir l’Être humain – ce qui a toujours été considéré comme la même chose, dans toutes les sociétés humaines ordinaires.

L’Occident naissant n’avait pas seulement besoin de se renouveler, en passant à une notion moins religieuse que celle d’« âme », il cherchait surtout les bénéfices politiques d’un discours humaniste dans un contexte social mondialisé. L’idée était simple et géniale, les bénéfices en furent colossaux. Il suffisait de dissocier, en surface, le discours humaniste (abstrait) sur la raison, et le discours identitaire sur la rationalité, comme si l’un n’avait rien à voir avec l’autre.

Cela nous amène à la deuxième proposition du raisonnement présenté ci-dessus, celle qui identifie raison et rationalité. J’ai expliqué brièvement pourquoi on ne pouvait pas prétendre que ces deux notions relevaient des ordres opposés de la nature et de la culture. Or il y a un autre aspect de l’enseignement de la philosophie qu’il me semble pertinent d’examiner ici. C’est la tradition voulant que l’Être humain se distingue des autres animaux par le fait qu’il serait dénué d’instincts. Précisons d’abord que cela m’apparaît être une énorme fausseté. Si on entend par « instincts » des comportements génétiquement programmés, il n’est pas difficile d’observer que tous les Homo Sapiens en possèdent un vaste éventail, qui n’a en rien été entamé par la surimposition de la culture. L’inventaire précis en a été quelque peu négligé, sans doute à cause de notre paradigme philosophique, mais on peut facilement en dresser une longue liste provisoire qui inclut, en particulier, toute la gamme des réactions déclenchées par des émotions fortes, telles que la peur, le plaisir, la douleur, la colère, la surprise, etc., que n’importe quel Être humain peut décoder (tout aussi instinctivement) sur le visage ou sur le corps de n’importe quel autre, indépendamment de toutes les différences culturelles. L’inventaire de ces réactions instinctives communes à tous les membres de notre espèce a d’ailleurs été entrepris par Charles Darwin, dans un livre[6] que les Occidentaux ont choisi d’ignorer, lui préférant des œuvres et des idées plus recyclables dans leur cosmologie racialiste, et allant même jusqu’à donner son nom au « darwinisme social ».

Ce qui est particulièrement lourd de conséquences dans la tradition philosophique qui consiste à nier l’existence des instincts chez l’Homme, ou à les limiter à une phase très précoce, c’est, à toutes fins pratiques, la négation d’une commune nature humaine, du moins au niveau des activités d’ordre mental (i.e. neurologique). L’attribution théorique de « la raison » serait, en principe, une définition d’une commune nature humaine sur le plan de l’activité mentale, mais cette attribution est immédiatement monopolisée par l’Occident rationnel, selon la thèse proposée ici, et la négation des « instincts » vient compléter le portrait d’une espèce à qui il ne reste en commun que l’animalité pure, celle du « corps » et des « sensations », comme le précise l’étudiant cité plus haut, dans son portrait de l’humanité sans Lumières, cette obscure humanité pré- ou extra-rationnelle – i.e. pré- ou extra-occidentale.

La notion, souvent floue à dessein, d’« instincts » ne peut que renvoyer à un contenu biologique qui s’enracine dans l’ « animalité » mais qui déborde en même temps sur les processus mentaux, par le biais du comportement. Or la négation des instincts chez l’Homme vise précisément à extraire l’idée de nature du niveau mental, pour rendre concevable le mythe d’une rationalité culturelle. Il est frappant de constater à quel point la cosmologie occidentale semble s’être donné pour objectif d’introduire de la biologie là où elle n’a rien à voir – dans les différences entre cultures ou civilisations racisées –, et de l’élimi­ner là où elle devrait apparaître – dans la délimitation d’une commune nature humaine, aux plans physique et mental.

Venons-en à la troisième proposition du raisonnement, selon laquelle seuls les Occidentaux font preuve de rationalité – démontrant du même coup qu’ils sont doués de raison. Vous vous en doutez, cela m’apparaît être une autre énormité au plan théorique et je ne crois pas qu’ainsi formulée, elle trouve bien des défenseurs. D’ailleurs je ne me souviens pas l’avoir jamais trouvée sous cette forme extrême dans aucun écrit, philosophique ou autre. En fait, cette proposition n’est pas d’ordre théorique, mais elle est là quand même, dans les replis de notre mémoire, et cela ne l’empêche pas de jouer un rôle théorique dans les méandres de nos raisonnements inconscients. Elle est là comme une sorte de comptabilisation de tout ce qui nous a été affirmé au sujet de Nous, les Occidentaux, et au sujet des Autres. On a eu recours ici à une division du travail entre philosophie et anthropologie, avec la collaboration de bien d’autres disciplines. L’anthropologie n’a jamais été beaucoup enseignée mais elle a fourni les matériaux de base, et surtout le vocabulaire, permettant à n’importe qui de conclure que les Autres seraient, à tout le moins de façon générale, des êtres irrationnels. Quant à l’appropriation occidentale de la ratio­nalité, nul ne niera que l’enseignement de la philosophie conduit directement à une telle conclusion. Or cette conclusion, qui découle à mon sens du plus pur ethnocentrisme, me semble en même temps être d’une fausseté aveuglante.

Si nous étiquetons si facilement comme « irrationnels » les comporte­ments observés dans les sociétés exotiques, c’est tout simplement parce que nous en ignorons la signification et la valeur aux yeux de ceux qui les pro­duisent, de même que nous échappe la cohérence du système au sein duquel ils prennent forme. Or ce n’est pas parce que le sens des mots prononcés dans une langue étrangère nous échappe qu’il s’agit de gazouillis insignifiants, irration­nels ou dépourvus d’ordre grammatical. Lorsqu’il s’agit de communication symbolique, par le langage verbal ou par les autres langages, on peut disposer d’une certaine méthode ethnographique qui, malgré ses imprécisions, permet de saisir le sens des messages et, en particulier, de traduire n’importe quelle langue. Pour ce qui est de décrire le contenu cognitif d’une culture exotique, il n’existe aucune méthode éprouvée et aucune technique d’observation directe, de sorte que postuler l’irrationalité des « pensées » des Autres humains ne peut qu’être un jeu parfaitement gratuit et parfaitement ethnocentrique.

Quant à Nous attribuer la pensée rationnelle de façon exclusive, il me semble y avoir là un simple choix identitaire, et non pas un quelconque constat. Que certains philosophes grecs aient élaboré – seuls et premiers? – un discours sur la rationalité, cela n’implique aucunement que « les Grecs », en tant que peuple, société ou classe sociale, seraient de fait des êtres différents des autres peuples, quant à la nature de leur activité mentale. Tout comme leur discours sur la démocratie n’a jamais fait d’eux une société réellement démo­cratique, ni même en phase de le devenir. Que nous ayons choisi de concevoir une société esclavagiste comme étant « démocratique » devrait nous donner un indice de la domination de nos croyances sur nos prétendues connaissances rationnelles.

Tout à l’heure, j’ai tranché de façon un peu rapide quant au statut naturel de la raison et de la rationalité, sachant bien sûr qu’il y a place à un débat interminable là-dessus. La réponse de l’étudiant stipule que l’Occident aurait la capacité d’ « inculquer » la raison (ou la rationalité) au reste du monde, ce qui, bien entendu, impliquerait la capacité naturelle des Autres à se voir reprogrammés selon un code rationnel. Mais si la rationalité était une simple culture particulière, et si seuls les Occidentaux, parmi un très grand nombre de peuples et de cultures, en avaient réellement découvert la clé, il faudrait expliquer ce « fait » autrement que par une incantation magique – en invoquant « le miracle grec ». Il faudrait aussi expliquer quel genre de proces­sus mentaux « irrationnels » ont permis les prouesses technologiques des Chinois ou des Mayas, des Africains égyptiens ou arabes[7], qu’aucun regard ethnocentrique ne réussit à balayer du réel.

À la limite, je suis même prêt à concéder qu’une définition abstraite de « la rationalité » puisse lui attribuer un statut mi-culturel mi-naturel – on fait bien ce qu’on veut d’une définition, après tout –, mais cela ne change rien au portrait global de l’humanité dressé par notre tradition culturelle occidentale. Si seuls les Occidentaux ont élaboré une culture rationnelle, eux-seuls auraient en même temps démontré qu’ils sont doués de la raison, et qu’ils possèdent l’attribut définisseur de la nature humaine. Il en irait de même si eux-seuls avaient élaboré des langues : on serait en droit d’assumer que les Autres ne sont pas doués du langage. Mais comme ce portrait est tout simplement faux, on peut faire l’économie du débat nature-culture. Après tout, un bon nombre d’Espagnols du 15e siècle n’ont-ils pas assumé que les Indiens n’étaient pas des Êtres humains – tant qu’ils n’auraient pas été baptisés?

Affirmer l’irrationalité des pensées des Autres équivaut à prétendre qu’ils n’ont pas d’âme. Cela ressemble à une doctrine, pas à une théorie, et j’ai peine à croire qu’il faille en entreprendre une critique systématique, tant la tâche m’apparaît énorme et tant la conclusion m’apparaît évidente. Je préfère donc attendre vos arguments et les exemples invoqués, plutôt que de démon­trer une à une la rationalité de toutes les coutumes dans toutes les cultures. Pour moi, la rationalité (ou la raison, si vous préférez) est une propriété du cerveau humain, et probablement aussi du cerveau de bien d’autres espèces. Tous les humains conçoivent, classifient, théorisent, raisonnent ou pensent selon les mêmes processus cognitifs, de la même façon que tous les mots de toutes les langues sont « abstraits » et agencés suivant les règles d’une grammaire cohérente et systématique. C’est une proposition qui n’a même pas à être démontrée, car c’est sur sa remise en question que devrait reposer le fardeau de la preuve, en produisant des exceptions vérifiables.

Finalement il faut bien déboucher sur la proposition raciste qui clôt le raisonnement et selon laquelle seuls les Blancs seraient de vrais humains. Ce n’est pas exactement ce que Nous affirmons de façon explicite, en particulier depuis le « Siècle des Lumières », depuis que l’Occident s’enorgueillit d’avoir été la première culture à proclamer l’Humanité de tous. Or il me semble que ce n’est pas du tout un hasard si les philosophes des « Lumières » ont, du même souffle, prétendu à l’humanité de tous les humains et proclamé le monopole occidental sur la rationalité – et sur la nature humaine –, en empruntant la recette des Grecs antiques. Ces derniers ont eu recours à la même astuce, qu’ils ont utilisée non pas dans leur discours philosophique sur la rationalité mais dans leur discours politique sur la démocratie. L’Occident naissant du 16e ou du 17e siècle a par contre été bien plus intéressé par cette astuce idéologique que par les institutions de la « démocratie » en tant que telles, qu’il n’utilisera que plus tard, et de la même façon que les Grecs – i.e. la « démocratie » d’une classe sociale, la classe dominante de la société mondialisée. En effet, les Grecs ont prétendu que tous les « Citoyens » étaient égaux, tout en maintenant une société esclavagiste, exactement comme les Occidentaux ont affirmé l’humanité de tous et proclamé les Droits de l’Homme et du Citoyen – des synonymes? –, tout en maintenant l’esclavage et les formes subséquentes d’exploitation ou d’exclusion.

Chaque fois qu’un Occidental actuel parle du berceau grec de « la démo­cratie », fût-il historien ou anthropologue, philosophe ou politicien, il affirme en même temps que les esclaves ne comptaient pas, qu’ils étaient en dehors de la société humaine, qu’ils n’avaient pas à être inclus dans l’Histoire ou dans l’Humanité. Bref il enseigne à penser une catégorie restrictive d’« Êtres humains ». Pouvait-il en être autrement quand les rédacteurs de la Déclaration de 1789 ou ceux de la Déclaration d’Indépendance américaine sont rentrés chez eux pour y être servis par leurs esclaves? Pour justifier cette attribution tradi­tionnelle de « la démocratie » aux Grecs, on invoque ordinairement l’argu­ment qu’il s’agissait d’une démocratie naissante, destinée à s’élargir peu à peu. L’argument est valide théoriquement mais il s’agit tout simplement là d’une fausseté sociologique et historique en ce qui concerne la « démocratie » athé­nienne. Jamais « les Grecs » (les Citoyens) n’ont envisagé d’élargir leur démo­cratie en abolissant l’esclavage, et il n’existe, à ma connaissance, aucune trace d’un processus social ou politique dans cette voie, et même aucune trace d’un simple discours sur un tel idéal à poursuivre.

Ce discours sur « la démocratie » athénienne, en plus d’être un mythe fondateur, a donc aussi un réel effet fondateur dans notre esprit. Il nous programme pour être ensuite capables de croire que nous parlons de tous les humains alors que, précisément, nous en nions la plus grande partie, celle avec laquelle notre identité n’est pas établie. C’est ainsi qu’un manuel d’histoire générale pourra affirmer que « les humains du néolithique possèdent des esclaves »[8], sans réaliser qu’il restreint ainsi logiquement le cercle des humains. Ce mécanisme de restriction mentale, que j’ai désigné comme la démarcation ethnocentrique rétroactive, permet de limiter la portée de tout énoncé ou théorie « générale » sur les humains. Il intervient dans une foule de discours et de théories, dans les sciences sociales et en psychologie aussi bien qu’en philo. Ce qui est remarquable, c’est qu’il agit comme une sorte de commutateur et peut restreindre la portée d’un énoncé soit à Nous, soit aux Autres. Dans l’énoncé précédent, « les humains du néolithique » se limitent à Nous les propriétaires, les Citoyens, mais on peut aussi trouver le moyen de penser seulement aux Autres. Par exemple, un manuel d’économie, formulant en principe une explication à portée générale, pourra affirmer que « le niveau de développement d’un pays (sic) dépend de plusieurs facteurs, et en particulier […] de l’importance de l’aide étrangère […] »[9]. De toute évidence, l’apparente généralité se trouve confinée au champ sémantique des Autres, dissocié de celui du Nous de façon parfaitement étanche.

Au bout du compte, que reste-t-il, dans tous nos discours, qui soit réelle­ment applicable à tous les humains? Nos propos sur le « corps » et les « sensa­tions »? – i.e. des énoncés qui sont toujours applicables aussi à bien d’autres animaux.

Ma théorie est que la cosmologie occidentale, comme celle de n’importe quelle autre tribu, est une cosmologie fondée sur le postulat que Nous serions les Humains, les Vrais, les seuls vrais Humains. Nous avons simplement trouvé une façon particulièrement hypocrite de le croire sans le dire, ou plutôt en disant en apparence le contraire, et une façon particulièrement sophistiquée de le faire, à travers une multitude de discours, savamment agencés pour conduire à cette indicible conviction.

En particulier, toute la structure des programmes scolaires, au niveau secondaire surtout, est articulée sur la base d’une séparation entre deux sortes d’humains[10], à partir de l’équation suivante : Nous sommes l’Histoire, les Autres sont de la géographie. Bien d’autres discours viennent en même temps biologiser, en quelque sorte, ces deux entités pour déboucher sur une cosmo­logie raciste : Blancs vs « Peuples de couleur », êtres régis par des mécanismes d’évolution vs d’adaptation, êtres individuels vs entités collectives, etc. Tout est en place pour assumer une opposition de nature entre Nous et les Autres. Un tel postulat, informulé, apparaît comme la seule solution logique (incon­sciente) aux innombrables contradictions, à travers lesquelles nous pataugeons allègrement, entre nos discours sur Nous et nos discours sur les Autres. Par exemple, ce sont bien des Occidentaux rationnels qui, depuis cinquante ans, continuent à prétendre sans rire que la surpopulation est une cause du sous-développement, tout en étant eux-mêmes issus d’une Europe où, en 1950, la densité de population est dix fois supérieure à celle de l’Afrique et 50% supérieure à celle de l’Asie. Des Occidentaux rationnels aussi qui invoquent (toujours sans rire) le climat « hostile » du Nord de l’Amérique pour expliquer le retard évolutif des Sauvages, et le même climat, qualifié cette fois de « favorable », pour expliquer le développement et la richesse des Québécois ou des Canadiens actuels. On est bien obligés d’en conclure, inconsciemment, qu’au-delà de toutes ces pirouettes, la vraie différence serait celle entre l’Espèce qui évolue dans n’importe quel contexte climatique ou démographique (le Blanc), et l’Autre espèce, celle qui se contente de s’adapter tant bien que mal – en attendant de recevoir simultanément de son maître la fleur (l’étiquette d’Humains, le baptême, la raison) et le pot (un statut d’esclave ou de cheap labor).

C’est dans cette série d’oppositions entre les deux sortes d’humains (les Vrais et les potentiels) que s’insère la division du travail entre philosophie et anthropologie, dans un jeu qui consiste à Nous attribuer des caractéristiques « humaines » (la rationalité, la conscience, le libre-arbitre, la pensée abstraite, le langage abstrait, la connaissance, la science, la technique, etc.) qui ne se sont jamais affirmées à propos des Autres et qui sont plutôt remplacées par une série opposée : les Autres sont irrationnels, ils n’ont pas de langues mais des dialectes, par de connaissances mais des croyances ou des superstitions, pas de libre-arbitre mais une parfaite soumission à la tradition, pas de sciences mais des mythes, de la magie ou de la religion, pas de techniques mais des rituels, etc. Bref, on voit bien où conduit cet acharnement : ce ne sont pas des Êtres humains puisque tous leurs attributs sont une dénégation systématique de ceux qui servent à définir l’Être humain dans l’abstrait.

Dans ce bilan, vous reconnaîtrez facilement, chers collègues philosophes, la contribution de ma propre tradition disciplinaire, de concert avec tous les autres canaux de transmission de la culture occidentale. J’ai voulu cibler plus particulièrement la contribution philosophique à cet édifice mais il me semble évident qu’il s’agit d’un système global de représentations, opérant comme un véritable paradigme. Je souhaite que ce partage des responsabilités entre nous tous puisse faciliter le dialogue en le réorientant vers une cible commune, car ce que je crains par-dessus tout, c’est l’interférence de émotions menant au refus global, au verrouillage du système cognitif que je tente précisément de déboulonner, avec toute la naïveté d’un Don Quichotte. Et pourtant, le nombre des contradictions et des énormités sur lesquelles il repose me fait parfois imaginer que le tout puisse un jour s’écrouler comme un château de cartes, à condition de frapper au bon endroit et dans le bon angle, même si, jusqu’à présent, mes faibles élans répétés n’ont strictement rien donné.

Avec cette lettre, je tente un nouveau coup d’épée. Dans l’eau? À vous d’en décider. Vous avez pour vous la force du consensus et tout le poids de la tradition. J’ai peine à imaginer que mon argumentation en ébranle plusieurs, mais si seulement deux ou trois d’entre vous acceptent d’ouvrir le débat et éventuellement d’adopter au moins le doute philosophique sur le système de vérités qu’ils ont intériorisé, cela pourrait fournir l’énergie suffisante pour tirer sur la bonne carte et déclencher l’effondrement du château. Avec l’idée d’en reconstruire un nouveau, dont il est facile d’entrevoir au moins les contours: une cosmologie reposant sur une conception de l’Être humain qui serait réelle­ment applicable à tous les Humains.

Une petite anecdote pour terminer. Le cours que je donne à la session d’hiver s’intitule « Peuples du monde : culture et développement ». Depuis deux ans, j’ai remarqué qu’au moment de remettre leur travail de recherche, entre le quart et le tiers des élèves, dans tous les groupes, font la même faute : ils écrivent « Peuple du monde » sur la page-titre. Il me semble bien qu’eux au moins sont prêts à se faire enseigner un nouveau paradigme philosophique.

Denis Blondin

Puerto Escondido, Mexique, 24 mai 2001.


[1]L’essentiel de cet édifice est analysé dans ma déjà ancienne recherche sur L’apprentissage du racisme dans les manuels scolaires (Agence d’ARC, Montréal, 1990). Or cette recherche doit être considérée comme inattaquable, puisqu’elle n’a encore jamais fait l’objet de la moindre critique.

[2] Je n’ai encore jamais rencontré l’expression “sciences de l’Être humain” et il me semble que la majuscule peut suffire à distinguer ici entre l’espèce humaine et le genre masculin.

[3] Pour moi, le discours sur « les Lumières » est un discours idéologique. La Lumière y joue un rôle semblable à celui qu’elle joue dans certains écrits maoïstes, qualifiés de « pensée lumineuse » par les uns et d’ « illuminés » par les autres. On peut parfaitement parler de « la raison » ou de « la science » avec cette ferveur idéologique ou religieuse qui découle surtout du désir identitaire.

[4] La confusion entre raison et rationalité n’est pas le monopole d’un étudiant. Sur le site internet du Cégep de Chicoutimi, dans la section présentant les cours de philo, il est mentionné qu’on pourra découvrir « le rôle de la raison dans l’histoire ». Si la raison s’opposait bien à la rationalité par son caractère naturel, je vois mal pourquoi elle devrait apparaître « dans l’histoire », i.e. à un certain moment et à un certain endroit.

[5] Si on veut bien me permettre ici une petit observation ethnographique, j’aimerais mentionner que les Mexicains d’ascendance espagnole, les « Mestizos », aussi purement judéo-chrétiens et occiden­taux que les autres descendants d’Européens dans le monde, se désignent traditionnellement eux-mêmes comme « Gente de razón » (les gens de raison) lorsqu’il s’agit de se distinguer des Indiens. Leur position périphérique dans l’Occident, voire leur exclusion par les autres Occidentaux, semble avoir eu pour effet de restreindre un peu le poids de l’autocensure.

[6] L’expression des émotions chez l’homme et les animaux, 1872.

[7] Une petite observation en passant : pendant la visite d’une exposition sur la Tunisie, au Musée de la Civilisation, la guide, sans doute sensible à la rationalité d’Hannibal, le présente comme « un Grec », avant de rectifier un peu, suite à ma réaction stupéfaite: « En fait, il aurait étudié en Grèce. » Serait-ce un semblable mobile qui a incité l’auteur d’un manuel d’histoire générale à situer les origines de la révolution néolithique non pas au Moyen-Orient mais en « Europe orien­tale »? (Defaudon, B. et N. Robidoux, Histoire générale, Guérin éditeur, Montréal, 1985, p. 290).

[8] Defaudon, B. et N. Robidoux, Op. cit., p. 40.

[9] Brunelle, M. et L. Martin, Cours circuit, Editions HRW, Montréal, 1985, p. 480.

[10] D’où le titre de mon essai Les deux espèces humaines (Montréal: La Pleine Lune et Paris: l’Harmattan, 1994), qui tente d’illustrer comment cette scission fondatrice se repercute sur tous les domaines de notre culture.

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