Nouvelle Déclaration des droits de l’Homme

Les humains sont inégaux.

Depuis 1948, l’ONU et l’UNESCO ont publié plusieurs déclarations concernant les droits de l’Homme ou la question des prétentions à l’existence d’inégalités dites « raciales ». Ces textes, considérés comme des références de nature quasi sacrée, n’en comportent pas moins un bon nombre de lacunes ou de confusions qui semblent avoir échappé à l’époque aux rédacteurs. De façon très schématique, on pourrait dire que ces déclarations partent de deux affirmations principales: 1.  « Les humains sont égaux » et 2.  « Les humains sont différents ». Pris séparément, ces deux énoncés sont incontestables et sont l’objet d’un très large consensus. Cependant, la questions des différences est une question de faits tandis que la question de l’égalité relève d’un choix collectif de valeurs, un choix qui n’a rien à voir en soi avec l’existence des différences, si ce n’est qu’elles ne devront pas être prises en compte dans la mise en oeuvre de nos droits sociaux à l’égalité de traitement. Ce qui peut poser problème, c’est l’articulation de ces deux niveaux de réalité: celui qui relève des faits et celui qui relève des droits, et par conséquent des valeurs qui les fondent. Or, les auteurs des grandes déclarations semblent avoir fait le choix d’amalgamer ces deux niveaux. Par exemple, en affirmant une égalité « en faits et en droits », ou en affirmant que « Tous les individus et tous les groupes ont le droit d’être différents […] » (Déclaration sur la race et les préjugés raciaux, Unesco, Novembre 1978). Or les différences entre les humains, qu’elles soient d’ordre social ou biologique, font partie des faits et ne découlent pas d’un droit quelconque. Pas plus qu’un principe d’égalité ne peut découler de l’absence de différences.

Cette confusion entre faits et droits est lourde de conséquences. L’une d’elles est le fait que les droits définis semblent prendre appui sur l’ignorance des différences réelles, de sorte que les opposants se croiront autorisés à attaquer les droits à l’égalité en invoquant l’existence de ces différences, quelles qu’elles soient. Une autre conséquence de cette confusion, encore plus pernicieuse, est le fait qu’elle nous incite à concevoir l’égalité entre humains comme une réalité déjà acquise par l’énoncé normatif ou sur le point de s’inscrire dans le réel, ce qui n’est absolument pas le cas. Dans la réalité, les inégalités sociales entre  humains n’ont pas été réduites depuis 1948, comme cela aurait dû se produire si nous avions mis en application nos Grandes Déclarations. Or c’est plutôt le contraire qui s’est produit, même si nous pouvons être tentés de prendre mentalement refuge dans l’univers dessiné par ces énoncés solennels, ou dans ceux de nos nombreuses Chartes des droits et libertés, ou dans d’autres fictions du même ordre, telles que les Objectifs du Millénaire.

Ce qui manque, dans la conception de ces grandes déclarations, c’est d’abord l’affirmation d’un principe clair selon lequel la promulgation des droits humains est un choix collectif, de nature sociale, et ne repose nullement sur la nature ou l’étendue des différences entre humains. En d’autres termes, il faudrait compléter ces déclarations en tentant de préciser séparément les faits et les droits. Sur le plan des faits, en plus d’affirmer que « Les humains sont différents », il faudrait tenter de définir aussi, au moins de façon générale, en quoi « Les humains sont semblables », c’est-à-dire quels sont les référents d’une commune appartenance à l’espèce humaine, puisque c’est sur cette appartenance que nous souhaitons prendre appui dans l’énoncé de notre commune « humanité ». D’autre part, en plus de proclamer sur le plan des droits que « Les humains sont égaux », il faudrait aussi préciser sur le plan des faits − des faits de nature sociale, et non pas biologique − , que « Les humains sont inégaux », c’est-à-dire qu’ils sont en réalité très loin d’avoir obtenu un traitement social d’égalité, que ce soit dans les sociétés locales ou au sein de la société mondialisée.

On pourra trouver une présentation plus complète de ces idées dans le texte « La production de l’indifférence », d’abord publié dans: Arcand, Bernard et alii, La différence, Fides/Musée de la civilisation, Québec, 1995, pp. 53-86.

Ce qui suit est une ébauche d’une éventuelle nouvelle Déclaration sur l’égalité des Humains, qui pourrait être proposée l’UNESCO. Toute personne intéressée à prendre au sérieux la mise en oeuvre de ce projet ambitieux est invité à prendre contact avec l’auteur.

Déclaration sur la commune nature humaine et sur le droit à l’égalité

Section 1: Sur les faits relatifs à la nature des différences entre les humains.

Article 1.1

Les humains sont semblables entre eux. Ils partagent une commune nature qui découle de leur appartenance à une unique espèce humaine et qui se traduit par un très grand nombre de caractéristiques communes affectant non seulement les fonctions biologiques corporelles mais aussi les facultés mentales de nature émotionnelle ou intellectuelle, telles que le langage, la pensée et l’intelligence.

L’identité des facultés mentales et des aptitudes générales des divers groupes humains n’est aucunement contredite par l’existence des inégalités sociales, constatées en termes de richesse, de prestige ou de pouvoir, entre certains groupes qui se trouvent placés dans des rapports sociaux hiérar­chiques. Ces inégalités de fait s’expliquent entièrement par l’action des institutions et mécanismes sociaux.

La commune nature humaine est un fait de nature biologique, qui doit être reconnu comme tel mais qui ne constitue pas en soi le fondement d’un principe d’égalité entre les humains, pas plus que les différences naturelles entre eux ne peuvent être invoquées pour justifier des inégalités sociales engendrées par un système de domination.

Article 1.2

Les humains sont aussi différents entre eux, sur le plan culturel et sur le plan biologique.

Chaque individu est unique par sa personnalité, qui découle à la fois de sa combinaison génétique unique et de l’histoire de ses rapports avec son environnement socio-culturel et naturel.

Les collectivités ou les sociétés diffèrent avant tout sur le plan culturel et ces différences, nombreuses et profondes, découlent essentiellement de l’histoire des rapports sociaux vécus entre les membres de la société et avec les autres sociétés.

Entre les groupes humains, certaines différences biologiques, tradition­nellement désignées comme « raciales », peuvent aussi être constatées sur une base statistique mais en soi, ces différences n’affectent en rien le type de cultures ou de civilisations produites, ou la position de dominant ou de dominé à laquelle telle ou telle collectivité a accédé dans une société locale ou dans la société planétaire.


Section 2 : Sur les droit humains.

Article 2.1

Les humains sont égaux en dignité et en droits, indépendamment des différences de quelque nature entre eux. Ils appartiennent tous à l’humanité, c’est-à-dire à la communauté humaine qui inclut tous les membres de l’espèce humaine mais qui constitue une entité de nature sociale.

En vertu de cette appartenance à l’humanité, tous les humains ont le droit à l’égalité quant à l’accès aux possibilités de développer individuelle­ment et collectivement leurs potentiels. Cela implique des possibilités égales d’accès aux conditions de vie décentes, aux soins de santé, aux instruments du savoir et de l’information, ainsi qu’aux diverses formes d’action sociale, politique ou économique dans la société planétaire.

Puisque la portée de ces droits s’étend à toute l’humanité, elle ne saurait être restreinte aux frontières d’une société locale ni interprétée en fonction d’une échelle de richesse propre à une société locale.

Article 2.2

Dans l’humanité actuelle, la plupart des humains sont inégaux de fait, parce qu’ils sont placés dans des conditions sociales d’inégalité. Leur destin individuel ou collectif est affecté par des institutions locales et internationales qui engendrent des privilèges pour les uns et des conditions d’exclusion ou d’exploitation pour les autres.

Reconnaître l’existence des inégalités sociales à l’échelle locale ou planétaire, c’est reconnaître la nécessité et l’urgence de s’attaquer à la tâche de transformer les institutions qui les produisent de façon à garantir l’égalité pour tous les humains dans l’accès aux possibilités réelles de développement individuel et collectif.

DenisBlondin@wordpress.com

 

 

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